Quand les juniors étaient en surnombre !

Créé en 1967 par quelques passionnés de l’ACV, le Tour du Pays de Vaud se veut une épreuve formatrice. D’abord pour les juniors suisses, innombrables à l’époque, à tel point qu’il n’était pas rare d’en avoir près de deux cents au départ de certaines courses, comme le Tour du Nord-Ouest et le Championnat de Zurich ! C’était l’occasion de leur faire découvrir la réalité d’une course par étapes et de les faire progresser.

Pari difficile, mais pari réussi malgré les faibles moyens à disposition. Les Alémaniques furent les premiers à s’illustrer, en particulier l’Argovien Bruno Hubschmid (1968) qui fut ensuite l’un de nos meilleurs Elite des années 1970. Après quelques éditions, Italiens, Belges, Hollandais, Autrichiens et Français furent accueillis au départ. En 1971 les Italiens ont écrit l’une des plus belles pages avec Gianbattista Baronchelli, lequel sera ensuite 2ème du Giro 1974 derrière Merckx, puis vice-champion du monde professionnel 1980 derrière Hinault, après avoir gagné notamment le Tour de Romandie en 1977. Une très belle carte de visite pour le TPV qui peut s’ennorgueillir d’un palmarès de qualité.

On participait dans l’espoir de disputer un jour le Tour de Romandie ou le Tour de Suisse, les courses qui faisaient rêver les coureurs helvétiques. Car à l’époque, les équipes pros étaient rares et à budget modeste, et les places limitées dans les formations étrangères qui disputaient le Tour de France ou au Giro. Dès le début, le TPV est ainsi devenu un point de passage très apprécié et très utile.

Baronchelli est à ce jour le plus prestigieux vainqueur avec Fabian Cancellara, lauréat en 1999, un an après son premier titre mondial junior. Depuis les années 70, beaucoup parmi les meilleurs jeunes du pays ont jeté les bases de leur carrière sur les routes vaudoises : Demierre (1974), Dill-Bundi (1975), Grezet (1976), Seiz, Bruggmann, Schoenenberger ensuite, ainsi que Puttini, Elmiger, Bertogliati, Rast puis Michael Schaer, le dernier vainqueur helvétique en 2004. Plus récemment, on se souvient des succès de l’espoir italien Moreno Moser (2008) et du Danois Hansen (2010), champion olympique de l’omnium aux JO de Londres.

Beaucoup de ceux qui font partie de la grande histoire du cyclisme y ont aussi participé sans forcément gagner. Bartoli, Cippolini, Richard, Beat Zberg, Dufaux, Kreuziger, van Garderen, Phinney. Ils y ont fait leurs classes avant d’éclore sur le plan international.

« Je me souviens du Hollandais Maessen, il n’avait jamais vu une bosse de sa vie, c’était rigolo ! » confie le Vaudois Denis Champion, vainqueur en 1972 et actuellement responsable de l’école de cyclisme du VC Nyon. « On dormait dans des abris militaires, c’était spartiate ! Mais c’était un rendez-vous à ne pas rater car à l’époque il n’y avait pas beaucoup de ces courses par étapes pour se tester. Puis, le manque de relève s’est fait sentir dès la fin des années 80. Actuellement, il est même difficile de recruter des jeunes. Mais avec les étrangers, le niveau s’est amélioré ».

Au fil des ans, le TPV s’est développé, s’est solidifié malgré deux annulations qui ont failli tout gâcher (1980 et 1991). Le problème le plus inquiétant est la chute du nombre des juniors en Suisse. Difficile désormais d’avoir des formations cantonales compétitives. Place donc aux formations étrangères pour compléter le peloton, d’où une concurrence accrue avec la promotion en Coupe des Nations et la participation de nombreuses équipes nationales.